Le baccalauréat littéraire ou A4 est désormais l’un des plus difficiles à obtenir ici au Cameroun. Les membres du Bureau National du SNAEF  ont essayé d’en analyser les causes. Plusieurs éléments sont relevés :

– Mauvaise orientation : en classe de troisième les faibles, les médiocres, les passables qui ne font aucun effort en mathématiques sont systématiquement orientés en A4. Alors sur 10 enfants que l’on retrouve en seconde A4 il y a au plus 3 qui ont véritablement les aptitudes pour cette série. Le reste c’est juste du remplissage, il faut bien les mettre quelque part et dans l’enseignement général, c’est la seule option.

– Absence de suivi. Oui c’est la réalité, d’ailleurs la seconde porte la curieuse étiquette de « classe de repos ». Alors les apprenants savent qu’ils sont là pour se reposer : aucun effort, zéro lecture, le niveau de certains régresse même. Pendant que les scientifiques se plient en quatre pour espérer passer en « C » ou affronter sereinement la « D », les littéraires bavardent, certains créent des comptes tiktok pour ne rien faire d’intelligent. Leurs bagages littéraire, philosophique ou linguistique sont aussi menus que la probabilité d’obtenir plus tard leurs examens. ILS NE LISENT PAS!

– Absence des manuels scolaires. Parfois dans ces séries, on trouve les enfants qui n’ont pas les œuvres au programme. Pendant les cours de lecture, ils sont 05 à lire mieux à jeter un coup d’oeil dans le même livre. Les cours de lecture deviennent un supplice aussi bien pour eux que pour leurs enseignants. En plus très peu d’établissements scolaires disposent de bibliothèques par ici. Or en dehors des manuels au programme, les apprenants doivent augmenter leurs connaissances à travers les lectures parallèles, les recherches personnelles et autres activités.

Un enseignant raconte ici son expérience : « En appuyant cet angle d’analyse des échecs massifs en série littéraire, j’ai vécu une expérience similaire à NGOUMOU l’année écoulée. J’ai organisé par deux fois mes élèves en groupes de lecture suivant des orientations thématiques, ayant fait le constat les années antérieures, que la lecture exhaustive d’une oeuvre était devenue un exercice au-dessus de leurs capacités, j’ai mis à contribution un document détaillant rangé à la bibliothèque. Mes efforts d’accompagnement se sont heurtés à leur répulsion de la lecture, leur nausée des écrits surtout compilés dans un livre ».

Sur la question de l’orientation en particulier, j’ai proposé, il y a à peu près un an, lors de la célébration de la journée de l’orientation, que soit élargie l’assiette en terme d’orientation, de telle sorte qu’un élève qui passe en seconde puisse être orienté vers l’enseignement technique ou la formation professionnelle. La batterie de test mise à leur disposition est si étriquée qu’elle ne prend même pas en compte les nouvelles séries. Le problème n’étant pas la batterie de test, mais les considérations sociétales. Les parents veulent tous envoyer leurs enfants en série scientifique.

Chers lecteurs, les séries littéraires sont aussi exigeantes. Elles demandent beaucoup de lecture ; achetez au moins les œuvres au programme à vos enfants. La réussite comme l’échec se prépare alors demandez-leur de lire les œuvres littéraires ou philosophiques pendant les vacances, car l’enseignant le plus volontaire n’ira pas au-delà de 8 lectures par œuvre étudiée.

Il faut aussi noter l’insuffisance des établissements techniques. En plus  l’on observe que, pendant que l’accès à la seconde technique se fait par concours, cet accès est libre dans l’enseignement général où la série A4 est encore considérée comme une série de ceux qui ne comprennent pas les maths et autres matières scientifiques. Malheureusement, ne pas comprendre les maths ne signifie pas qu’on comprenne les matières dites littéraires.
La solution pourrait venir de la refonte de notre système éducatif, de la valorisation de l’enseignement technique, de la redéfinition des curricula, etc

La question de l’orientation est plus profonde que cela, les parents, même les enseignants disent aux élèves que les classes scientifiques offrent plus d’avantages que les matières littéraires, et quand on en parle c’est pour que les élèves eux-même peu importe leur niveau partent en A ? Non tu as beau faire les tests d’aptitude aucun enfant ne veut plus faire la « A » parce qu’elle n’offre pas vraiment d’ouverture, malgré les causeries éducatives, c’est vrai pas suffisantes vu le nombre insuffisant de Conseiller d’Orientation, les élèves forcent vers la série « C ». N’oublions pas aussi les promotions collectives, les promotions monnayées, « l’eau qui coule pendant les examens », tout cela contribue aux échecs observés.

Le problème qui est précisément posé ici est que la série littéraire est généralement considérée, y compris par les conseillers d’orientation, comme la poubelle du système éducatif camerounais, celle-là même qui doit accueillir ceux qui ne doivent pas faire la série « C ». Du coup, on se demande très peu si les élèves orientés vers cette série ont les aptitudes requises pour s’y déployer aisément. L’échec massif dans cette série s’explique aussi par cela.

A vrai dire, est-ce que la « A » attire encore aujourd’hui ? Le temps de la romance, de la poésie semble être dépassé.
Même dans les médias occidentaux, ce n’ est plus régulier de voir des gens qui présentent leurs dernières parutions livresques. Le néo-libéralisme nous a conduit vers un existentialisme matérialiste.  La batterie de test laisse des passerelles entre les différents ordres d’enseignements et de formation. Cela pourrait, en partie, résoudre le problème, la solution définitive résidant dans la refonte du système éducatif.

Si nous retenons la piste des tests rigoureux préalables à toute admission en série « A » comme cela semble déjà pratiqué pour l »élite » des séries scientifiques, le problème est résolu en partie car, l’orientation dans les filières opératoires et professionnalisantes ne devrait pas masquer des lacunes absurdes qui sont devenues quasiment une situation généralisable des masses d’élèves qui accèdent en 6ème avec des cerveaux atrophiés, des neurones rétrécies, incapables de récitation.
Prenons seulement de la 6ème ou de la 1ère année de l’Enseignement Technique, il n’y a point de démarrage hors de tout débat : la vivacité à la lecture, l’assimilation de l’ABC de la conjugaison, un système éducatif sérieux ne doit pas fléchir sur ces pré-requis à l’entame du secondaire si bien qu’à mi-chemin de la formation, les performances des uns et des autres révéleront les couloirs dans lesquels il convient de les orienter.
Une telle orientation nous le pensons doit être assise sur le même socle: il est honteux qu’en regardant un documentaire sur « Planète », le produit de la série « D » ou de « F4 » sollicite des clarifications parce le commentaire serait impénétrable à son intelligence.

Leave A Comment