L’école était depuis son institution un lieu sacré consacré à la socialisation, à l’apprentissage des savoirs théorétiques. C’est le lieu où l’enfant s’instruit, et développe ses talents. Au sein d’un groupe d’apprenants, l’élève est appelé à communiquer avec ses camarades, s’échanger les idées, influencer et s’influencer.
Il est tout à fait naturel qu’il y ait souvent quelques incompréhensions pouvant aboutir à des rixes entre les apprenants du fait peut-être de la différence de leur caractère, comportement, de l’éducation reçue par chacun d’eux, du milieu où il provient. Mais que ces petits problèmes arrivent jusqu’à la violence verbale ou physique contre les pairs et même contre l’enseignant, voilà qui pousse à se questionner et à réfléchir.
Mais que retrouve-t-on sous cette expression de violence en milieu scolaire ?
La violence est définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme étant « l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès ».
En milieu scolaire, cette violence peut revêtir plusieurs formes (physique, verbale, psychologique, sexuelle, socioéconomique, harcèlement, cyber-violence, usage des stupéfiants, jeux de hasard, monnayage de notes, trafics d’influence).
Aussi dans les grandes villes du Cameroun, principalement à Yaoundé, Douala et Bafoussam, il ne se passe de jour, voire de semaines sans que des incidents violents soient relevés (des enseignants qui se font battre par des apprenants, des enseignants qui infligent des sévices corporels aux élèves, des punitions avilissantes, des vols, rackets…) aboutissant certains à des décès. Mais pourquoi le milieu scolaire offre-t-il pareil spectacle ?
Quelles en sont les causes ?
Les facteurs familiaux sont les plus mis en avant : manque d’attention des parents ou à l’inverse, une discipline rude, présence d’un parent violent, mais aussi, importance numérique de la famille ou morphologie familiale (famille monoparentale, recomposée). Un recul considérable est à souligner concernant le soin accordé par les parents à l’éducation de leurs enfants. Ils sortent tôt pour la quête du pain quotidien et rentrent tard, abandonnant les enfants à eux-mêmes.
La restriction du pouvoir et de la notoriété de l’enseignant est la deuxième cause. Jusqu’à un passé récent, l’enseignant avait le devoir de correction sur ses apprenants, ce qui lui conférait une certaine autorité sur ses apprenants. Mais depuis la mise en œuvre des recommandations des Nations Unies abolissant le droit de correction aux enfants et le respect de leurs droits, un laisser-aller s’est installé. L’enseignant, le maître, selon Dewey, ne peut plus s’imposer devant son élève avec son bâton, sa chicotte, sa règle, tous instruments qui suscitaient rappel à l’ordre et respect. Il n’est donc pas rare ces temps de voir un enfant sortir de la classe sans en avoir reçu l’autorisation ou même avoir une attitude désinvolte vis-à-vis de son maître.
Qu’on le veuille ou pas, le milieu de vie influence notre caractère. Le visage et les faits qu’offre notre société aujourd’hui sont le troisième élément à mettre en cause. Les détournements des deniers publics, les extorsions des biens, l’incivisme criard, la dépravation des mœurs, la haine, le tribalisme, le favoritisme, la pauvreté ambiante et toutes les injustices observées çà et là impactent considérablement le climat et l’atmosphère de vie dans nos établissements.
Il est à noter de même que les enfants issus des milieux violents (foyers où les bagarres, insultes, brimades sont le mode de vie) ont tendance à répéter ces agissements en milieu scolaire.
On est par ailleurs touché plus ou moins par ce qu’on voit, ce qu’on écoute à travers les médias et notre milieu se caractérise aujourd’hui par une submersion de la technologie audiovisuelle ; Internet, télévision, téléphone, développent une nouvelle manière de communiquer favorisant les images. Ces moyens ont effacé les frontières entre les êtres humains et véhiculé la violence qui se passe dans le monde, avec une tendance à l’imitation.
Que fait l’institution scolaire pour endiguer ce fléau ?
Dans le système scolaire camerounais en perte de vitesse et en déphasage avec son temps, on assiste en victime résignée aux situations de violences survenant dans nos établissements scolaires, chacun pensant que la lutte contre ces violences est le travail de l’autre. Ainsi on passe le temps à se rejeter les torts ; mais que fait l’institution scolaire ? qu’enseigne-t-on à nos enfants ? quelles valeurs leur inculquons-nous ? Quel modèle de vie leur servons-nous ? quel Cameroun allons-nous laisser à la postérité ?
Chaque membre de la communauté éducative camerounaise doit se sentir acteur de premier rang dans ce combat. Nos comportements, notre langage, nos attitudes doivent être des outils de formation. Nous devons servir d’exemples. Quant aux enseignants, ils doivent à travers une variation des stimulis, introduire des éléments de la vie en société dans chacune de leurs leçons sous le contrôle de leur hiérarchie.
De plus, on peut exploiter la télévision pour transmettre les valeurs morales de civilité, de la tolérance, de l’acceptation de l’autre qui caractérisent notre civilisation africaine. Il y a lieu de parler même d’un enseignement télévisé : des cours à domicile qui renforcent le processus d’instruction de l’enfant entamé à l’école, à travers un contenu ciblé à la fois ludique et didactique. Des programmes télévisés qui répondent à ce critère existent de nos jours. Un travail de sélection de la matière vue par nos enfants s’impose. A cet égard, la famille peut et doit jouer un rôle très important.
Il est grand temps que le Cameroun se réveille pour changer cette donne pour une école humaniste.
