Le système éducatif est une organisation formelle du parcours Scolaire, académique et professionnel dans un pays. Le Cameroun, comme partout ailleurs dans le monde, est doté d’un système éducatif qui a évolué dans le temps. Ce système tel qu’il se présente aujourd’hui a connu des transformations liées à ses évolutions politique, sociales et économiques. C’est ainsi qu’il a hérité de son passé colonial d’un sous- système anglophone et d’un sous- système francophone, distincts l’un de l’autre. Schématiquement, trois moments clés ont marqué le développement de l’école et des politiques scolaires au Cameroun : La période coloniale (1960-1985), la période post coloniale (1985-1990) et de 1990 à nos jours. Le présent exposé ne va s’intéresser qu’à l’évaluation la dernière période.
I-UN SYSTEME SCOLAIRE EN CRISE : 1990-2000
En réalité, c’est en 1985 que débute l’époque actuelle de l’éducation au Cameroun. Elle apparaît dans un climat empreint de crises et de réformes qui vont être engagées au tournant des années 2000. La crise sociétale qui se dessine dès les années 80 se précise en 1990, quand elle devient sévère et multiforme. Elle est à la fois politique, culturelle, démocratique, économique voire éducative. Ce contexte conduit à un bouleversement tumultueux du paysage social. Pour s’adapter à la situation nouvelle, le Cameroun accède au programme d’ajustement structurel (PAS) imposé par le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale. C’est ainsi qu’on va assister à des inter actions heurtées entre les idéaux locaux et les modèles transnationaux de gestion. Au moment où l’on assiste à la grande chute de l’école, l’idée de mondialisation anime déjà les débats publics. Au poids de la crise, s’ajoute au Cameroun celui du discours dominant.
CONSEQUENCES DES REFORMES CI-DESSUS SUR LE SYSTEME EDUCATIF ACTUEL
1-Sur le plan social
La crise macro-économique à laquelle le Cameroun est confronté entre 1986-2000 freine la croissance économique, et s’est traduite par la baisse du PIB jusqu’en 1994. Sur le plan social, les difficultés ont cumulé avec la réduction de moitié des salaires des fonctionnaires en 1993 et avec la dévaluation du FCFA au début de 1994. Cette crise a entrainé par ricochet le recul du niveau de scolarisation primaire. Il en résulte que les ressources financières courantes d’éducation par enfant de 06 à 15 ans sont divisées par 2. Les taux de fréquentation scolaire font apparaître un phénomène de déscolarisation. Les différents diagnostiques passés par les organisations internationales (UNESCO, Banque Mondiale), dans le cadre de l’ajustement structurel auquel est soumis le pays, établissent le constat d’un système scolaire en dysfonctionnement en raison de nombreuses carences liées au faible rendement et à l’absence d’objectifs stratégiques de formation. C’est dans ce contexte que le Cameroun souscrit à l’objectif mondial de « l’éducation pour tous », exprimé lors de la conférence sur l’éducation à Jomtien (Thaïlande) en 1990. Dans la foulée, se tiennent en 1995 les états généraux de l’éducation. Un constat sévère de l’état de l’éducation primaire est établi. Il en ressort de nombreuses recommandations allant dans le sens de la réforme de l’économie de base et du système éducatif en général. Pour éviter la dégradation de la situation, quelques réformes ont été faites. La constitution de 1996 instaure la scolarité du primaire obligatoire. Des mesures subséquentes prescrivent en 1997 la gratuité de l’école primaire dans les établissements publics.
Par ailleurs, il faut noter que la conséquence directe de cette crise au niveau de l’éducation est le déséquilibre entre la demande et l’offre de l’emploi. Il existe ainsi une inadéquation des produits sortis des écoles par rapport aux besoins réels de l’économie. La demande des employés qualifiés croit plus vite que l’offre d’emploi. Le problème de la formation d’un personnel qualifié se pose avec acuité. La politique de mise en place du PAS recommandée par le FMI et la BM s’avère donc salvatrice ; car elle vise à favoriser les conditions nécessaires et indispensables à la reprise économique. C’est alors que nous assisterons au passage d’une école marquée par des legs pédagogiques de l’école coloniale à une nouvelle école qui se veut techniciste et économique.
2-Sur le plan pédagogique et didactique
Pour leur objectif de formation des personnes aptes à relever le défi de la relance économique, les institutions de Bretton Wood imposent à l’Etat camerounais, comme partout ailleurs en Afrique, de rompre avec l’ancienne méthode pédagogique coloniale qui, dans le processus d’enseignement, faisait de l’enseignant un élément actif et de l’apprenant un élément réceptif ou passif. C’est ainsi la NAP (Nouvelle Approche Pédagogique) est adoptée. Contrairement à l’autre, elle place l’apprenant au centre des apprentissages et l’enseignant ne devient qu’un facilitateur, un guide. Cette nouvelle approche voit le jour en Afrique en général, et au Cameroun en particulier sous l’appellation APO (Approche Pédagogique par Objectif) vers 1992. Cette méthode doit adapter l’homme aux besoins et valeurs de la société et les traduire en objectifs. On finira par la laisser, car jugée moins adaptée face au défi de la relance économique que souhaite le Cameroun. C’est de la sorte que l’APC surgira pour rendre les produits issus de notre système éducatif plus aptes à affronter le monde de l’emploi. Une personne est compétente, lorsque le traitement qu’elle apporte à une situation est satisfaisant. C’est donc une méthode qui vise à développer chez l’apprenant des compétences à travers des situations de vie.
Notons que ces différentes évolutions n’ont pas été qu’une affaire de méthode d’enseignement, les appréciations sur les copies des élèves et les critères d’évaluation même ont été modifiés au fur et à mesure. Les programmes et les contenus d’enseignement aussi.
3-Sur le métier d’enseignant
La situation du personnel enseignant camerounais a beaucoup évolué au gré de la conjoncture. Cette évolution démontre qu’elle est allée de mal en pis. En effet, si les conditions de vie et de travail des enseignants sont allées crescendo de 1960 à 1984, elles ont pris la courbe inverse depuis 1993, date de la mise en œuvre des premiers plans structurels (PAS) au point ou, à l’heure actuelle, ce métier est devenu un pis-aller, une transition en attendant d’aller dans de verdoyants pâturages. En fait, avec le PAS, tout change brutalement. Les fonctionnaires subissent une baisse de 20% de leur rémunération en janvier 1993 et une autre de 50% en Janvier 1994. Les écoles normales d’instituteurs sont défonctionnarisées en 1995. Les enseignants nouvellement formés dans ces institutions ne sont plus automatiquement intégrés à la fonction publique, et doivent désormais aller chercher le travail dans les établissements privés ou attendre un éventuel recrutement de l’Etat. Dorénavant, les enseignants recrutés auront le statut de Vacataire. Au fil du temps, leur statut va évoluer pour devenir des personnels contractualisés. Par la suite, de multiples revendications des syndicats ont abouti, en décembre 2016, à la décision de l’intégration progressive des personnels contractualisés par vague de recrutement à la Fonction publique. Il est également important de relever que des élèves qui sortent encore des écoles donnant un accès direct à la Fonction publique, seuls les enseignants doivent attendre deux à trois ans voire 10ans pour avoir leurs salaires. Par la suite, on a évolué vers le payement des 2/3 de salaire à partir de la 49ième promotion de l’ENS.
Sur le plan de carrière, la situation laisse grandement à désirer. Les avancements sont effectifs, mais les effets financiers ne suivent pas. Le profil de fonction du statut particulier des corps de l’éducation n’est pas respecté lors des nominations, et le profil de carrière est inexistant. Les affectations et les nominations sont faites sur des bases subjectives, n’ayant rien à avoir avec les nécessités de service. Les frustrations qu’engendre cette mauvaise gouvernance émoussent.
Sur le plan pédagogique, l’enseignant ne se limite pas seulement à intégrer les différentes approches auxquelles il est soumis au fil du temps, on attend aussi de lui qu’il s’arrime aux TIC, à la mondialisation et au bilinguisme (bien que ce dernier ait été formé soit au sous-système anglophone, soit au sous-système francophone).
Sur les conditions de travail, le cadre de travail de l’enseignant est aussi impacté par les plans d’ajustement structurels. Nous pouvons noter entre autre les effectifs pléthoriques, le manque des infrastructures de base, l’accès difficile au TIC, etc. Sans oublier que ces conditions varient de la zone rurale à la zone urbaine.
II- VERS UNE SORTIE DE CRISE
Au regard de tous les maux ci-dessus relevés, il est clair que notre système éducatif est à refaire en tout point. La solution à tous ces maux se trouve dans l’organisation du Forum national de l’éducation. L’Etat Camerounais doit à cet effet composer avec toutes les forces nécessaires à savoir : les pouvoirs publics, la société civile, les enseignants eux-mêmes, la communauté éducative nationale et internationale.
Pour que l’école retrouve ses lettres de noblesse au Cameroun, il faut dans un premier temps que le Cameroun reprenne l’éducation de ses enfants en mains ; qu’il la finance lui -même en grande partie, au lieu d’en faire une affaire des parents, des partenaires privés et des institutions de Bretton wood ; que le Cameroun rompe avec les visions coloniale et néocoloniale de l’école au profit d’une vision plus humaniste telle que le propose L’ECOLE NOUVELLE (œuvre commise par le Syndicat National Autonome de l’Education et de la Formation), soucieuse d’offrir à l’homme une formation intégrale qui prend en compte les savoirs théorétiques, les savoir-être, les savoir-vivre et les savoir-faire. L’Etat camerounais doit donc se saisir de cette vision humaniste, en faire l’âme de son système éducatif au risque de fabriquer des robots qui n’ont ni le discernement ni la capacité de penser par eux- mêmes, et de se retrouver avec des citoyens dont les défauts de formation épistémologique, éthique et civique ne sont pas aptes à assurer son développement dans le temps.
Pour cette vision humaniste, et au regard du thème de la 29ième édition de La Journée Mondiale de l’Enseignant, l’enseignant que nous souhaitons, comme le soutient l’ECOLE NOUVELLE, « doit être à la hauteur du rôle qu’il est appelé à jouer dans la société. Dans le Cadre d’un projet d’intégration ou le savoir est une exigence incontournable et le maitre, le parangon de la moralité, la formation de l’enseignant, intégrale et optimale, doit viser à faire de celui-ci un Magis-ter. (…..) Il est important que l’enseignant reçoive une formation académique initiale de haute qualité ». Par ailleurs, autant bien le former est important, autant lui offrir les conditions liées à la réussite de sa mission est nécessaire. Ce n’est qu’ainsi que ce noble métier survivra.
