« TOUTE VIE COMPTE : PROTÉGER NOS ENFANTS, PROTÉGER LES FEMMES, C’EST PROTÉGER NOTRE SOCIÉTÉ »
Le Syndicat National Autonome de l’Éducation et de la Formation (SNAEF), affilié à la Fédération Camerounaise des Syndicats de l’Éducation (FECASE), exprime sa profonde indignation, sa vive préoccupation et sa solidarité à la suite du décès tragique de la jeune Ozanne Moukoko Essoe, élève du Collège De La Salle de Douala, décédée le 18 septembre 2026 dans des circonstances qui demeurent à établir par les enquêtes en cours.
Le SNAEF adresse ses condoléances les plus attristées à sa famille, à ses proches, à ses camarades et à toute la communauté éducative.
Une enfant est morte alors qu’elle se trouvait dans le cadre scolaire. Une famille est aujourd’hui plongée dans une douleur irréparable. Une communauté éducative est profondément bouleversée. Le pays tout entier doit s’interroger.
Le SNAEF refuse que cette tragédie soit réduite à un simple fait divers. Elle nous oblige à regarder en face une réalité plus large : la persistance et la multiplication des violences faites aux enfants, aux filles et aux femmes au Cameroun.
- LE SNAEF CONDAMNE TOUTES LES FORMES DE VIOLENCE
Le SNAEF condamne avec la plus grande fermeté :
- les violences physiques contre les enfants ;
- les violences sexuelles et les viols ;
- les violences psychologiques ;
- le harcèlement et les abus sexuels ;
- l’exploitation et la traite des enfants ;
- les violences basées sur le genre ;
- les violences domestiques et conjugales ;
- les féminicides ;
- les infanticides ;
- toutes les formes de discrimination et d’atteinte à la dignité humaine.
Aucune circonstance ne peut justifier la violence contre un enfant. Aucune culture, aucune tradition, aucune autorité, aucune institution ne peut servir de refuge à un auteur de violence.
La protection de l’enfant n’est pas une faveur.
La protection des femmes n’est pas une faveur.
C’est une obligation collective et un impératif de justice.
- OZANNE NE DOIT PAS DEVENIR UN SIMPLE NOM DANS L’ACTUALITÉ
Le SNAEF refuse que la mort d’Ozanne soit progressivement oubliée après quelques jours d’émotion. Derrière son nom, il y a une enfant, une élève, une fille, une sœur, une camarade et une citoyenne en devenir. Sa mort doit nous conduire à poser une question fondamentale :
COMMENT PROTÉGER EFFECTIVEMENT NOS ENFANTS LORSQU’ILS NOUS SONT CONFIÉS ?
L’école doit être un espace de savoir, de socialisation, de protection et d’épanouissement. Jamais un espace de peur, d’abus ou de violence. Le SNAEF rappelle donc que toute institution éducative, publique ou privée, confessionnelle ou non, a une responsabilité fondamentale dans la protection des enfants qui lui sont confiés.
- LE SNAEF EXIGE QUE TOUTE LA LUMIÈRE SOIT FAITE
Le SNAEF respecte les procédures judiciaires en cours et refuse toute condamnation anticipée d’une personne avant l’établissement des faits par les autorités compétentes. Mais respecter la justice ne signifie pas rester silencieux. Le SNAEF exige :
- Une enquête complète, indépendante, impartiale et transparente. Toutes les circonstances ayant précédé le décès de la jeune Ozanne doivent être établies.
- La conservation et l’exploitation de toutes les preuves disponibles. Les témoignages, documents, dossiers médicaux, éléments médico-légaux, enregistrements et images de vidéosurveillance susceptibles d’éclairer les faits doivent être préservés et examinés par les autorités compétentes.
- L’établissement des responsabilités. Si des infractions ont été commises, leurs auteurs, complices ou responsables éventuels doivent répondre de leurs actes devant la justice, conformément à la loi.
- La transparence envers la famille. La famille d’Ozanne a droit à la vérité, à la justice et au respect de sa dignité.
- La protection des témoins et des victimes potentielles. Toute personne susceptible de détenir des informations doit pouvoir les communiquer aux autorités sans intimidation, pression ou représailles.
La vérité n’est pas une menace pour l’institution scolaire. La vérité est une exigence de justice.
- LE DRAME D’OZANNE S’INSCRIT DANS UNE CRISE PLUS LARGE DE PROTECTION DES ENFANTS
Le SNAEF refuse également de considérer cette affaire comme un événement isolé. En 2026, les Nations Unies au Cameroun ont elles-mêmes alerté sur la recrudescence des infanticides, féminicides et violences sexuelles, particulièrement dirigées contre les enfants. Cette situation exige une réponse nationale à la hauteur du problème. Nous ne pouvons plus nous contenter d’intervenir après la tragédie.
Il faut passer de la réaction à la prévention.
De la compassion à la protection.
Du constat à l’action.
De l’impunité à la responsabilité.
- LE SNAEF DÉNONCE LES INFANTICIDES ET FÉMINICIDES
Le SNAEF dénonce avec force les infanticides et féminicides qui endeuillent les familles camerounaises. Chaque femme assassinée est une vie détruite. Chaque enfant tué est un avenir supprimé. Chaque victime de violence sexuelle porte les conséquences d’une violence qui peut bouleverser durablement sa vie. Nous refusons la banalisation de ces crimes. Nous refusons les discours qui culpabilisent les victimes. Nous refusons les justifications fondées sur les rapports de domination, les stéréotypes de genre ou la prétendue « affaire privée ». Une femme victime de violence n’est pas responsable de la violence qu’elle subit. Un enfant victime d’abus n’est jamais responsable de l’abus qu’il subit.
- L’ÉCOLE DOIT ÊTRE UN SANCTUAIRE DE PROTECTION
En tant qu’organisation syndicale d’enseignants et de personnels de l’éducation, le SNAEF considère que la lutte contre les violences basées sur le genre constitue également une responsabilité éducative et professionnelle. Nous devons renforcer dans les établissements scolaires :
- les mécanismes de signalement des violences ;
- les dispositifs d’écoute et d’orientation ;
- la protection des lanceurs d’alerte ;
- l’accompagnement psychosocial des victimes ;
- la formation des enseignants et personnels de soutien ;
- la sensibilisation des élèves ;
- l’éducation à l’égalité, au respect et au consentement ;
- les protocoles de prise en charge des violences sexuelles ;
- la collaboration entre établissements, familles, services sociaux, services de santé, forces de sécurité et justice.
Les personnels éducatifs doivent également être formés à identifier les signes d’alerte, écouter sans juger, protéger sans exposer davantage la victime et orienter rapidement vers les services compétents.
- NOS EXIGENCES POUR UNE POLITIQUE NATIONALE DE PROTECTION
Face à l’ampleur des violences, le SNAEF appelle les pouvoirs publics à renforcer sans délai les mesures suivantes :
- Mettre en place un mécanisme national renforcé de prévention et de réponse aux violences faites aux enfants.
- Renforcer les mécanismes de signalement et de référencement dans les établissements scolaires.
- Rendre effectifs les dispositifs d’écoute et de protection des victimes.
- Former systématiquement les enseignants, personnels administratifs et personnels de soutien à la prévention des violences et à la protection de l’enfant.
- Renforcer les services sociaux, psychologiques, médicaux et judiciaires spécialisés dans la prise en charge des victimes.
- Mettre en place des protocoles clairs de gestion des cas de violences sexuelles et basées sur le genre en milieu scolaire.
- Garantir une enquête rapide, impartiale et professionnelle dans tout cas de violence grave.
- Renforcer les mécanismes de contrôle et de responsabilité dans tous les établissements scolaires, publics comme privés.
- Sanctionner effectivement les auteurs de violences et les personnes qui couvriraient délibérément des faits criminels.
- Développer une véritable politique nationale de prévention des VBG, incluant les hommes, les garçons, les filles, les femmes, les familles et les communautés.
- AUX ENSEIGNANTES ET AUX ENSEIGNANTS : NE RESTONS PAS SILENCIEUX
Le SNAEF rappelle que l’enseignant n’est pas seulement un transmetteur de connaissances.
Il est aussi un acteur de protection. Lorsqu’un enfant change brutalement de comportement, présente des signes de peur, de détresse ou de violence, lorsqu’un élève confie une situation d’abus, nous devons savoir écouter, protéger et orienter. Mais nous devons également protéger les enseignants eux-mêmes contre les violences, le harcèlement et les abus dans leur environnement professionnel. La lutte contre les VBG doit donc concerner toute la communauté éducative : élèves, enseignantes, enseignants, personnels de soutien, personnels administratifs et responsables d’établissements.
CONCLUSION
La mort d’Ozanne nous bouleverse. Mais notre émotion doit devenir une force d’action. Notre indignation doit devenir une exigence de justice. Notre douleur doit devenir un engagement collectif pour que d’autres enfants soient protégés.
Le SNAEF dit :
PLUS JAMAIS LE SILENCE. PLUS JAMAIS L’INDIFFÉRENCE. PLUS JAMAIS L’IMPUNITÉ.
Nous voulons un Cameroun où chaque enfant peut aller à l’école sans peur d’être violenté.
Un Cameroun où chaque fille peut grandir sans être exposée aux violences sexuelles et sexistes. Un Cameroun où chaque femme peut vivre sans craindre d’être victime de violence ou de féminicide. Un Cameroun où les établissements scolaires sont véritablement des espaces sûrs, protecteurs et respectueux de la dignité humaine.
En mémoire d’Ozanne et de toutes les victimes d’infanticides, de féminicides et de violences basées sur le genre, le SNAEF appelle à une mobilisation nationale.
PROTÉGER L’ENFANT, C’EST PROTÉGER L’AVENIR.
PROTÉGER LA FEMME, C’EST DÉFENDRE LA DIGNITÉ HUMAINE.
COMBATTRE LES VBG, C’EST DÉFENDRE UNE SOCIÉTÉ JUSTE ET ÉGALITAIRE.
# JUSTICE POUR OZANNE !
# JUSTICE POUR TOUTES LES VICTIMES !
PLUS JAMAIS ÇA !
