Le mercredi 7 février 2024, les experts financiers des cabinets ADIN et du groupe Afroleadership, représentés par Martin Tsounkeu et Joseph Nke, ont animé un atelier sur les stratégies de financement efficace de l’éducation. Cet événement a été organisé par les syndicats des organisations FESER, FECASE et SYNTESPRIC dans le cadre de la campagne internationale “La Force du Public : Ensemble on fait Ecole”, lancée par l’Internationale de l’éducation. L’objectif de cette campagne est de promouvoir un enseignement public inclusif et de qualité pour tous, tout en luttant contre les coupes budgétaires, l’austérité et la privatisation.
L’importance du financement adéquat de l’enseignement public
L’éducation est un droit fondamental de l’homme et un bien public essentiel. Il donc est urgent de financer adéquatement les systèmes d’enseignement public et de s’opposer à la marchandisation de l’instruction et de la formation. Il est impératif que les gouvernements investissent massivement dans ce domaine.
Des outils stratégiques de planification financière à maîtriser
Au cours de cet atelier, les experts ont partagé une réflexion autour de quelques outils de planification financière utilisés par les gouvernements, afin de renforcer les capacités des syndicalistes leur permettant de mieux comprendre les mécanismes de priorisation des dépenses publiques et d’accréditation budgétaire. Il s’agit entre autres :
– du Cadre des dépenses à moyen terme (CDMT). C’est le premier outil stratégique abordé lors de cet atelier. Il permet une planification efficace des dépenses publiques sur plusieurs années. En prenant en compte les objectifs globaux de l’éducation et les besoins réels du système éducatif, le CDMT assure une allocation plus adéquate des ressources financières. Il permet une vision à long terme et contribue à garantir la stabilité des financements alloués à l’éducation.
Dans le contexte camerounais, l’utilisation du CDMT nécessite une analyse minutieuse des dépenses publiques passées et une projection réaliste des besoins futurs. Il est primordial d’établir des références, d’évaluer l’efficacité des programmes actuels et de prévoir les coûts supplémentaires associés à la mise en œuvre de politiques ambitieuses en matière d’éducation. Les syndicats de l’éducation peuvent jouer un rôle actif dans ce processus en exerçant une pression constructive pour garantir une allocation équitable et adéquate des ressources dans le secteur de l’Education.
– Le deuxième outil, est le Cadre du budget à moyen terme (CBMT), qui complète cette première approche en intégrant les politiques budgétaires à l’élaboration et à la mise en œuvre des politiques éducatives. Une coordination étroite entre les Ministères des Finances et de l’Éducation est essentielle afin de prendre en compte les Objectifs Educatifs dès la conception des budgets publics. Le CBMT permet également de mesurer l’impact des dépenses éducatives et d’ajuster les politiques budgétaires en conséquence.
Au Cameroun, il est crucial de renforcer la transparence et la participation dans le processus budgétaire. Les syndicats de l’éducation peuvent jouer un rôle de catalyseurs pour promouvoir ces principes. Ils peuvent exercer une surveillance accrue sur les mécanismes d’allocation budgétaire, s’assurer de la bonne utilisation des montants prévus pour l’éducation, et encourager la participation des citoyens et des acteurs de l’éducation dans la prise de décision budgétaire.
Assainissement de la gouvernance publique :
La question de la gouvernance publique a été rigoureusement abordée lors de cet atelier. À une époque où la corruption et les détournements de fonds publics sont perçus comme des obstacles majeurs à l’efficacité des dépenses publiques, il devient impératif de renforcer les mécanismes de transparence et de redevabilité. Les syndicats, reconnus comme des acteurs clés dans cette lutte contre la corruption, ont un rôle crucial à jouer en exigeant une gestion rigoureuse et transparente des ressources financières allouées à l’éducation.

En vue d’assainir les pratiques, il est essentiel de renforcer les dispositifs de contrôle et d’audit, afin de détecter et d’éliminer tout flux financier illicite. Une collaboration étroite entre les autorités compétentes, la société civile et les syndicats de l’éducation s’avère primordiale pour garantir une gouvernance publique saine et transparente. L’objectif ultime est de créer un environnement dans lequel les ressources allouées à l’éducation sont utilisées de manière optimale, sans déviation ou mauvaise utilisation.
Des Mécanismes innovants de financement de l’éducation :
Quelques mécanismes innovants ont été identifiés.
1. Création d’un fonds spécial dédié au soutien de l’Education Publique : Il s’agit de mettre en place un mécanisme financier spécifique assurant un financement stable et adéquat pour l’éducation publique. Ce fonds pourrait être alimenté par des contributions publiques, des dons philanthropiques ou des partenariats public-privé. L’objectif serait de garantir l’accès universel à une Education de Qualité et de lutter contre les inégalités d’accès à l’Education.
2. Mise en place d’une taxe spécifique pour l’Education : Cette mesure consiste à introduire une taxe dédiée exclusivement au financement de l’Education.
3. Exploitation du contenu local des contrats miniers pour le financement de l’Education
L’atelier sur les stratégies de financement efficace de l’éducation a permis de mettre en lumière des pistes concrètes pour améliorer la gouvernance publique et trouver des mécanismes innovants de financement de l’éducation au Cameroun. Le Cadre des dépenses à moyen terme et le cadre du budget à moyen terme sont des outils précieux pour planifier et allouer efficacement les ressources financières. Cependant, l’assainissement de la gouvernance publique reste un défi majeur qui requiert l’engagement de toutes les parties prenantes.
Les syndicats de l’éducation peuvent jouer un rôle central dans ce processus pour promouvoir l’équité, la transparence et l’efficacité des financements en matière d’éducation.
