La problématique de la gestion des déchets est au centre des enjeux de notre temps aujourd’hui. En effet, en un siècle, la population mondiale a été multipliée par 4 et la population urbaine par 20. Le taux d’urbanisation a dépassé le seuil de 50 %, selon l’organisation des Nations Unies, qui prévoient que d’ici 2050, environ 80 % de la population mondiale devraient résider dans les villes. Ces villes n’occupent que 3% de la surface terrestre, mais sont responsables de plus de 70% des déchets produits dans le monde, sont à l’origine de 60 à 80 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre et consomment pas moins de 75% des ressources naturelles (ADAEEM – Tunisie, 2020).

Le Cameroun couvre une superficie de 475 440 kilomètres carrés et compte environ 29millions d’habitants. Environ 55,8 % de la population du pays réside en zone urbaine. La population est concentrée à l’Ouest et au Nord, tandis que l’intérieur du pays est peu peuplé. Cet Etat est principalement situé en Afrique centrale, au fond du Golfe de Guinée, agissant comme un pont entre l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale, et est entouré par le Nigéria à l’Ouest et au Nord, le Tchad au Nord-Est, la République Centrafricaine à l’Est et la Guinée Equatoriale, le Gabon et le Congo au Sud. Pivot au cœur de l’Afrique Centrale, il n’est pas également épargné par le phénomène de la gestion déchets.  La gestion des déchets au Cameroun, notamment à Douala et Yaoundé, est un défi majeur marqué par l’insalubrité, l’insuffisance de la collecte et la prédominance de la mise en décharge. Environ 2,5 millions de tonnes de déchets sont générées annuellement en milieu urbain, avec une forte composition organique (plus de 50-60%).

Si les causes profondes de cet exode rural massif des populations camerounaises sont diverses (l’héritage colonial entrainant des réflexes de rejet des structures traditionnelles ; la recherche d’emploi, l’éducation et l’amélioration du cadre de vie des citoyens ; la fuite de la misère dans les campagnes ; le déficit d’infrastructure, etc…), il n’en demeure pas moins que l’urbanisation galopante et le rythme de croissance urbaine (estimée à 5%) posent des défis majeurs en matière de gestion des déchets au Cameroun. A titre d’illustration, dans la capitale politique (Yaoundé), la quantité moyenne de déchets générés par ménage et par jour est estimée à 2,75 kg. La composition de ces déchets se répartit comme suit : environ 61,70 % de déchets organiques fermentes cibles, 13,60 % de déchets valorisables, et 24,70 % d’autres déchets (Ngninkam et Tanawa, 2006). Sur les 1 000 000 tonnes de déchets produits par an dans la capitale économique (Douala), soit exactement 2739.73 tonnes par jour, 70% sont des ordures ménagères (Data Cameroon, 2021).

Le secteur des déchets est positionné entre une autorité centrale et une autorité locale. Au niveau du pouvoir central, la gestion des déchets relève de plusieurs départements ministériels en particulier le ministère de l’Habitat et du Développement Urbain (MINHDU), le Ministère de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable (Minepded) et le Ministère de l’Administration Territoriale (MINAT). Ces départements ministériels se trouvent généralement tiraillés entre des approches et des priorités assez souvent différentes.

Ce positionnement institutionnel a clairement impacté le dispositif de gouvernance du secteur des déchets, mis les communes dans des situations assez inconfortables et impacté négativement les performances des programmes mis en œuvre ces dernières années qui se trouvent par conséquent ralentis et parfois bloqués. A cela s’ajoutent d’autres difficultés matérielles. Il n’existe pas de véritable décharge contrôlée (Stratégie 2007-2015 – MINEPDED, 2007). Les métropoles sont caractérisées par de très faibles capacités d’aménagement urbain. D’où la question fondamentale suivante : Comment les pouvoirs publics pourraient-ils efficacement gérer les ordures au Cameroun dans un contexte d’urbanisation galopante et de défis en termes de moyens (humains, techniques et financiers) ?

Tout ce chapelet de problèmes a amené la Fondation Friedrich Ebert  à organiser en date du 06 mars 2026, le débat politique sur la problématique de la gestion des déchets au Cameroun. L’objectif principal de ce débat était de mener une réflexion approfondie ou prospective sur la problématique de la gestion des déchets au Cameroun. De façon spécifique il s’est agi de faire un état des lieux des politiques de gestion des déchets au Cameroun (cadre juridique, politique de gestion des déchets au Cameroun), de comprendre les logiques d’acteurs et registres d’action à l’œuvre dans la gestion des déchets au Cameroun et de proposer des perspectives et/ou solutions innovantes pour une gestion efficace des déchets au Cameroun. Des échanges, il est ressorti que la gestion des déchets ne nécessitent pas seulement des solutions techniques, mais que la première solution est humaine. Il s’agit d’éduquer la population à changer son regard et sa perception des déchets, à comprendre et à découvrir les différentes facettes de la gestion de ses déchets, à élaborer des plaidoyers pour la définition et la mise en place d’un cadre normatif obligeant les producteurs directs et indirects des déchets à les collecter et à les recycler.

Bikoko Agnès Béatrice

Enseignante syndicaliste, Membre des débats politiques de la FES Yaoundé

 

 

 

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