
SOUS-THEME : « LE FORUM NATIONAL DE L’EDUCATION UNE OPPORTUNITE DE LA REFONDATION DE L’ECOLE DANS LE SILLAGE DE L’INTEGRATION ET DE LA PARTICIPATION »
Hommes et Professionnels des médias, Mesdames et Messieurs,
Le Syndicat National Autonome de l’Education et de la Formation (SNAEF) s’est donné des outils de travail depuis son congrès du 20 aout 2022. Dans le package de ces outils, s’inscrit le plan stratégique. Son aspect communicationnel prévoit une interaction constante et régulière avec la presse. Celle-ci peut s’effectuer par la voie des articles de presse, des interviews ou des conférences de presse.
La présente conférence de presse doit être située comme une halte opérée sur notre itinéraire pendant l’année syndicale en cours et suivant notre plan initial d’information, de sensibilisation et de mobilisation de la communauté éducative des actions que nous avons menées et dont la connaissance peut contribuer à supprimer certains stéréotypes.
En effet, le SNAEF a affirmé dans son ouvrage l’Ecole Nouvelle publié en 2022 aux Presses Universitaires dans la Collection « Impact Arts and Social sciences » trois piliers qui sous-tendent sa vision de l’école : Humanisme, Décentralisation et Participation. Ces trois piliers condensent toute sa littérature portant sur la refondation de l’école (qui est prise en otage par des forces n’ayant aucune légitimité). La refondation doit ouvrir la voie à un vaste chantier mettant l’école au centre des activités sociales. S’opposant au paradigme élitiste avec son cortège d’entraves et de lourdeur qui empêchent de réaliser les défis d’une école de qualité, inclusive, participative et intégrative, le SNAEF se définit comme un mouvement favorable au paradigme élitaire dans lequel l’école cesse d’être le privilège de quelques familles bourgeoises pour devenir un droit fondamental de tous les hommes. Fort de cette définition, il replace L’Etat dans sa fonction de structure d’encadrement ayant la charge de créer les conditions pour que les objectifs de l’éducation de qualitéet de la famille ne rament pas à contre-courant de l’humanisme. S’agissant du pilier de la participation, le SNAEF a accueilli avec optimisme l’idée d’impliquer les collectivités territoriales décentralisées dans le fonctionnement des écoles primaire et secondaire au Cameroun. Qu’il s’agisse de l’enseignement général ou de l’enseignement technique, la loi n°2019/024 du 24 DEC 2019 portant Code Général des Collectivités Territoriales Décentralisées consacre le transfert de compétences aux régions et communes. L’article 271 énonce en matière d’éducation le transfert des compétences suivantes aux régions :
- La participation à l’établissement et à la mise en œuvre de la tranche régionale de la carte scolaire nationale ;
- La création, l’équipement, la gestion, l’entretien, la maintenance des lycées et collèges de la région ;
- Le recrutement et la gestion du personnel enseignant d’appoint desdits établissements ;
- L’acquisition du matériel et des fournitures scolaires ;
- La répartition, l’allocation de bourses et d’aides scolaires ;
- La participation à la gestion et à l’administration des lycées et collèges de l’Etat, par le biais des structures de dialogue et de concertation ;
- Le soutien à l’action des Communes en matière d’enseignement primaire et maternel.
En matière d’alphabétisation :
- L’élaboration et l’exécution des plans régionaux d’élimination de l’analphabétisme ;
- La mise en place d’infrastructures et d’équipements éducatifs ;
- Le suivi et l’évaluation des plans d’élimination de l’illettrisme
Dans le même esprit, l’article 161 prévoit le transfert des compétences ci-après aux communes :
EN MATIERE D’EDUCATION :
- La création, conformément à la carte scolaire, la gestion, l’équipement, l’entretien et la maintenance des écoles maternelles et primaires et des établissements préscolaires de la commune ;
- Le recrutement et la prise en charge du personnel enseignant et d’appoint desdites écoles ;
- L’acquisition du matériel et des fournitures scolaires ;
- La participation à la gestion et à l’administration des lycées et collèges de l’Etat et de la Région par le biais des structures de dialogue et de concertation.
EN MATIERE D’ANALPHABETISATION :
- L’exécution des plans d’élimination de l’analphabétisme, en relation avec l’administration régionale ;
- La participation à la mise en place et à l’entretien des infrastructures et des équipements éducatifs.
Mesdames et Messieurs les Journalistes,
Après avoir pris connaissance de ces dispositions de la loi, le SNAEF est allé vers les régions et les communes s’enquérir de ce qui est fait concrètement. Il en ressort que dans le secteur de l’éducation, le transfert des compétences avance plus vite que dans les communes et régions. Autrement dit, certaines administrations ont commencé à se décharger de certains dossiers pour s’en remettre aux communes suivant les dispositions de la loi (gestion, équipement, acquisition du matériel et fournitures scolaires). Toutefois l’on déplore encore le fait que la quotité allouée soit inférieure au montant exigé. D’autres administrations n’ont pas beaucoup avancé dans le sens du transfert des compétences et ressources prescrit par la loi. Elles mettent de ce fait, un coup de frein à la pleine participation des Régions au développement éducatif.
Cette situation constitue pour nous une opportunité à saisir pour expliquer que dans la sphère de l’éducation, l’élitisme et le centralisme ont montré leurs limites. Ils ont été incapables de réduire le fossé entre des centres urbains très scolarisés et des milieux ruraux marginalisés. Ils ont échoué dans l’opérationnalisation de la carte scolaire en mettant au placard les données statistiques sur la base desquelles les écoles doivent être ouvertes pour répondre aux besoins réels d’éducation. Par leur approche, l’élitisme et le centralisme ont défavorisé la politique de l’unité, de la cohésion et de l’intégration en mettant tout à la seule intelligence des acteurs centraux. Au chapitre 5 de son ouvrage, le SNAEF, enraciné dans son option d’une école participative et inclusive, s’adresse aux collectivités territoriales décentralisées : « Les collectivités territoriales décentralisées devront prendre leurs responsabilités au lieu d’interpeller l’Etat là où elles peuvent apporter une contribution salutaire au bénéfice des communautés urbaines et rurales ». L’Ecole Nouvelle, 126. Si tout est bien organisé, l’administration centrale devra voir son rôle être réduit à celui de contrôleur et superviseur de l’ensemble des opérations de construction, équipement et maintenance des établissements scolaires.
Attaché fermement à sa vision d’une école humaniste, décentralisée et participative, le SNAEF va continuer à faire le suivi des politiques de transfert des compétences dans le secteur de l’éducation. Il va veiller à ce que les nouveaux acteurs soient à la hauteur des défis d’une éducation de qualité. Si les acteurs élitistes et centralistes sont régulièrement critiqués à cause de leur collusion avec les forces du marché, les acteurs qui entrent en scène doivent faire mieux et faire oublier l’ère de la marchandisation de l’éducation. On ne réduit pas les valeurs produites pour élever notre esprit à la seule catégorie de marchandise. La demande insistante des organisations syndicales en faveur de la tenue du Forum National de l’Education ne doit pas être perçue comme un pur formalisme mais plutôt comme haut colloque ouvrant des chantiers en vue de bâtir l’école sur un socle nouveau et des bases solides.
Nous avons toute la légitimité d’évaluer l’école camerounaise à l’aune des exigences d’inclusion, d’égalité, de modernité et de performance. Nous le devons parce que celles-ci sont contenues dans les agendas internationaux des organisations tels que l’UA et les Nations Unies (l’ODD4, les 52 résolutions des Nations Unies). A travers le concept d’école intégrative, le SNAEF encourage l’émergence d’une conscience éducative portée au premier chef par les syndicats, mais aussi par les autres acteurs de la société, partenaires sociaux, collectivités…Il tient à sensibiliser les acteurs sur la responsabilité nationale de la cause éducative. Chaque succès enregistré ici fait avancer l’éducation pour le bien de tous. A l’inverse, chaque échec constitue un frein pour toute la société. C’est le lieu d’expliquer la corrélation entre l’école et l’atteinte des objectifs de d’harmonie, justice et développement.
Chamberlin Owona Amougui
Secrétaire Général du SNAEF
