Mesdames et Messsieurs,
Le SNAEF vient aujourd’hui à votre rencontre parce qu’il s’affirme comme un syndicat travaillant dans le domaine de l’éducation au Cameroun et défendant l’école intégrative c’est-à-dire l’école au centre des activités sociales. A ce titre, il est porteur d’un message digne d’intérêt pour les administrateurs, les responsables politiques, les responsables des collectivités territoriales, les leaders d’opinions les parents …Au moment où s’opère dans la gouvernance scolaire, un changement de paradigme à la faveur du transfert de compétences et de ressources aux régions et aux communes, l’action syndicale doit rapidement connaître une adaptation des pratiques en matière de dialogue, négociation et plaidoyer.
Le texte s’adresse à tous les acteurs entre les mains desquels le sort de l’école se trouve. Nous avons voulu le structurer en plusieurs articulations à travers lesquelles nous présentons la spécificité syndicale du SNAEF, le contexte des rencontres, la vision du SNAEF ; nous présentons également les attentes du SNAEF, la notion de communauté éducative ainsi que deux composantes du SNAEF, le COFEN et la Mutuelle.
1. La Spécificité du SNAEF
Pour se faire une opinion du SNAEF aujourd’hui, la lecture de son livre manifeste s’impose. Ce livre précise l’option doctrinale du Syndicat Autonome de l’Education et de la Formation sur le débat qui agite les philosophies et politiques éducatives aujourd’hui. Il n’est pas innocent de prendre position pour telle philosophie éducative contre telle autre car, c’est à l’intérieur d’une philosophie éducative que nombre des questions et inquiétudes qui taraudent notre conscience au quotidien lorsque nous sommes témoin de la violence en milieu scolaire ou de la surenchère de l’inscription dans un établissement privé peuvent trouver des réponses. Dans son ouvrage intitulé l’Ecole Nouvelle publié aux éditions de la DSCHANG University Press en juin 2022, le SNAEF a démontré que l’école doit être au centre des activités sociales. Les administrations publiques que vous dirigez et les collectivités territoriales pour lesquelles vous avez contracté un mandat à durée déterminée sont naturellement des lieux ayant une forte emprise sur le social. Vous comprenez à partir de là que vous êtes parties prenantes dans notre chantier. Nous cherchons les voies les plus convenables et appropriées pour bâtir une société intégrative sous l’impulsion de l’école parce qu’alors le retour à l’école républicaine ayant été fait, tous les fils et toutes les filles du Cameroun auront les capacités de comprendre les enjeux de libération et de développement de notre pays. Cette idée éclaire sur notre opposition à la marchandisation du savoir et l’égalité des chances à l’école. Tel est la dimension humanise que nous voulons donner à l’école dans notre pays.
2. Pour une école anti-techniciste, humaniste et républicaine
La mobilisation des enseignements dans la dynamique de l’école nouvelle est une action dirigée vers la construction d’une école orientée dans l’intégration républicaine. Nous soulignons à grands traits la destinée publique de l’école, modèle qui se comprend à l’opposé du modèle pragmatiste, économiciste et anti-humaniste vendu par les officines du néo-libéralisme. Si les syndicats se font le devoir de poser le problème de la crise de l’école publique qui est jetée dans les marais par ceux qui vendent l’illusion de l’évaluation du Business plan scolaire conformément au froid calcul du capitalisme, c’est parce que les difficultés liées à la corporation enseignante sont dues à cette logique économiciste. Ils ne veulent plus être les seuls à s’élever contre cette grave atteinte à la mission publique de l’école. Puissent les collectivités territoriales comprendre que le salut passe par la restitution à l’école de son authenticité et de son identité.
3. Le Contexte des rencontres
Il ne suffit pas de dire vaguement et imprécisément que les présentes rencontres s’effectuent en 2024, il faut encore expliquer les luttes en cours, l’état de la corporation enseignante, ses espoirs et ses angoisses, les dynamiques qui traversent les regroupements syndicaux au moment où progresse un discours qui décourage toute initiative sincèrement tournée vers la science éducative et la science syndicale. Nous ne pouvons pas non plus avoir l’excuse d’avoir édulcoré ce contexte en le dépouillant des mouvements qui s’amplifient depuis qu’a été rendu public le code général de la Décentralisation et que même dans les consciences les plus retorses, est désormais gravée la vérité que les communes et les régions ne sont plus, suivant le modèle westphalien, de simples entités frappées d’insignifiance.
4. Les attentes du SNAEF
Dans un contexte où il y a transfert effectif d’une quantité non marginale des ressources et des compétences de l’Etat au profit des communes et des régions, les attentes des organisations syndicales ne peuvent plus être formulées uniquement à l’égard des institutions étatiques centrales. Il y a bien eu cette ère où non contents de la répartition des ressources humaines, les syndicats le faisaient savoir au Ministre, qui était le seul responsable de la gestion des ressources humaines. Indignés d’une décision de suspension de solde ou des lenteurs dans le payement d’une prime, ils portaient la réclamation du payement diligent de ladite prime auprès du Premier Ministre. Mais il se trouve aujourd’hui que l’Etat a choisi de s’arrimer à la modernité en faisant de la gouvernance locale un facteur décisif dans la réalisation des objectifs de la gouvernance nationale. Il va donc s’opérer une structuration des rôles des acteurs publics dans le champ de l’action publique. Les exécutifs municipaux et régionaux deviennent, en vertu des attributions qui leur sont dévolues dans le code général de la décentralisation des acteurs majeurs. On comprend par là que les partenaires sociaux doivent bâtir de véritables couloirs de partenariat avec ces acteurs qui interviennent à la base. La disposition à communiquer sur les ressources disponibles et les besoins réels constitue une attente du SNAEF. De même que les entraves sur la voie des communes pourront être mieux surmontées si les représentants des enseignants sont associés pour faire pression à leur niveau avec les moyens de communication qui sont les leurs. Nous savons que la loi de l’omerta a fait le lit dans notre administration en créant un système de connivence entre administrateurs au point que les acteurs extérieurs comme les syndicats sont quelquefois traités comme des naïfs. C’est justement parce que ces réseaux de connivence ont pris une ampleur inquiétante que l’Etat a décidé d’appliquer la règle de la division pour accroitre son efficacité. Beaucoup d’enseignants mutés d’un établissement à un autre n’ont jamais perçu les frais de relève et se sont lassés de les réclamer à cause de ces collusions entre le régulier et l’irrégulier, le formel et l’informel, le légal et l’illégal. Nous voulons veiller à ce que les intérêts des enseignants soient protégés dans la mise en œuvre des plans communaux et régionaux de développement.
5. Pour une gestion concertative et congrégative de la communauté éducative
Pour les adeptes de l’école nouvelle, la gestion de la communauté éducative doit se faire dans la collégialité, la concertation et la congrégation. Pour le SNAEF, Il s’agit d’une formule qui renvoie à l’esprit d’intégration, d’unité, de communauté et d’inclusion. Aller à l’école nouvelle c’est préparer les enfants à entrer dans cette société qui ne juxtapose pas ses fils, non plus ne les entraine dans des conflits divers, mais raffermit en eux la conviction d’appartenir à une même communauté nationale. Les problèmes des enseignants ne sont pas les seuls problèmes des enseignants, le refus de les résoudre a une incidence sur la société tout entière.
6. Pour un syndicalisme transcendant les mobilisations corporatives et revendicatives
Le SNAEF se propose de favoriser l’avènement d’un syndicalisme qui ne s’enserre pas dans les carcans étriqués de la corporation. Par le choix de l’inventivité, de la théorisation, le SNAEF se refuse à toute considération uniquement corporative. Il saisit l’unité d’action et d’intérêt de tous les travailleurs. Pour garder l’attention sur ce caractère unificateur des problèmes, la réflexion sera l’instrument premier à utiliser pour poser théoriquement les problèmes et poser de bons diagnostics. En outre, au moment où se multiplient des mouvements rivaux aux syndicats, déterminés à apporter la preuve que la stratégie et la méthode sont inefficaces dans l’action revendicative, le SNAEF doit défendre une approche méthodologique axée sur la progressivité, l’ordre et la cohérence. Le premier moment de l’expression d’un mécontentement des travailleurs ne saurait être la grève. Le dialogue, la négociation, la discussion et la mobilisation doivent préparer les acteurs à la claire connaissance des enjeux afin de construire un front social solide soustrait à toute manipulation.
7. La Mutuelle de solidarité
Le SNAEF dispose d’une Mutuelle de solidarité qui est la matérialisation d’une de ses valeurs cardinales. En tant qu’organisation syndicale, le SNAEF se construit dans l’interdépendance et la complémentarité. Autrement dit, la difficulté, la peine ou la joie d’un membre convoquent l’assistance et la participation des autres pour cimenter le sentiment du vivre communautaire. La Mutuelle est une plateforme construite dans l’esprit du donner et du recevoir. Chacun participe à l’allègement de la peine ou à la manifestation joyeuse de l’autre. La Mutuelle a un compte dans lequel sont logés les fonds issus de la cotisation de ses membres.
8. Le COFEN
Le Comité des Femmes Enseignantes de l’Ecole Nouvelle (COFEN) a été créé pour donner une impulsion nouvelle à la syndicalisation des femmes et à leur implication aux exercices de culture dont la visée est de positionner significativement les femmes sur des sujets de leadership et de maîtrise idéologique. Cela passe au SNAEF par la lecture, et le commentaire de l’Ecole Nouvelle. Le COFEN vient en appui au Centre de Recherche où sont traités les sujets les plus pertinents.
Le Secrétaire Général
Un pour Tous
Tous pour Un
