Réunie une fois de plus du 24 au 28 mars 2024 à Capetown en Afrique du Sud dans le cadre d’un séminaire, la Communauté de femmes, composée de ressortissantes de plusieurs pays (Cameroun, Nigéria, Sénégal, Mali, Botswana, Côte d’Ivoire, RDC, Maroc, Afrique du Sud, Guinée…) s’est penchée sur la problématique de la place de la femme en mettant en avant les stéréotypes et habitus qui tendent à la mettre en marge de la sphère décisionnelle et limitent aussi bien son autonomisation que son émancipation. De même, les femmes se sont constituées en atelier afin de planifier les activités à mener dans le but entre autres de réarmer la pensée africaine en puisant dans nos traditions, cultiver et nourrir les compétences démocratiques, faire corps en fédérant les énergies. Ce séminaire visait en outre à questionner les acquis tout en les consolidant.
Après quelques décennies de régime autoritaire et répressif marqué par un système de monopole politique, l’on assiste depuis le début de la décennie 90 à la consécration du multipartisme dans les Etats africains. Cette (re)libération du champ politique impulsé par le discours de la Baule du Président français d’alors, François MITTERAND, qui contraint et encourage les Chefs d’Etats africains à libéraliser la scène politique impulse une nouvelle dynamique politique, changeant ainsi la physionomie du champ politique.
Eu égard à ces importants changements, l’on se serait attendu à une redynamisation et à un assainissement de la vie politique dont les corollaires seraient des élections transparentes, une alternance sans faille, une bonne gouvernance, bref un environnement politique sain et serein. Loin s’en faut. L’Afrique est plutôt le théâtre de coups d’Etats répétés (comme ce fût le cas récemment au Gabon), de modifications de la constitution dans le but de pérenniser le système politique en place, de fraudes électorales, de contestations post électorales entraînant des crises et des guerres (cas de la Côte d’Ivoire de 2010-2011).
La réalité de l’éthos politique africain présente un visage déconcertant qui amène à interroger la démocratie occidentale telle qu’importée. Est-elle opportune pour l’espace géographique africain ? S’accommode-t-elle des valeurs et cultures propres à l’Afrique ?
La persistante rhétorique de la démocratisation en Afrique tend à faire perdre de vue les difficultés liées à sa mise en œuvre et les effets pervers qui en résultent dans un continent marqué par des pesanteurs traditionnelles, culturelles et sociales qui lui sont propres. Les nombreux dysfonctionnements constatés en Afrique quant à la pratique de la démocratie amènent ainsi à opérer une étiologie de cet état des choses et à chercher des solutions propices à une amélioration de l’exercice du pouvoir pour le peuple et par le peuple selon une formule propre à Abraham LINCOLN.
C’est sans aucun doute cette logique constructive et méliorative, marquée par le besoin de doter l’Afrique d’une démocratie efficiente, respectueuse de ses valeurs et cultures que la Fondation de l’Innovation pour la Démocratie (FID) a tenu à mettre au cœur des réflexions sur la démocratie en Afrique, la femme, une actrice majeure par qui le changement est possible. Initiative de la Fondation, la Communauté rassemble des enseignantes chercheures, des activistes, des entrepreneures, des Cheffes traditionnelles, des responsables et leaders de communautés, des syndicalistes, des élues locales…
C’est dans cette dynamique de repenser la démocratie en Afrique que le COFEN (Comité des Femmes Enseignantes de l’Ecole Nouvelle) s’est vu représenté par sa Secrétaire Générale, Docteure Marie-Michelle ALIMA TOLO par ailleurs enseignante chercheure et Cheffe d’antenne ELECAM (Elections Cameroon) dans le but d’apporter sa pierre à l’édifice de la confection d’un matrimoine africain qui à coup sûr impactera la perception de la démocratie à l’africaine. Rendez-vous a été pris pour le mois de juin au Cap vert.
Par Dre Marie-Michelle Alima Ntolo
